Kyoto, ville labyrinthe

LES CARACTÈRES DE LA VILLE DE KYOTO, 京都, signifient la capitale des capitales. En 1895, on y construisait un magnifique sanctuaire dédié aux 1100e années passées depuis sa fondation. Lorsqu’on visite aujourd’hui le Heian-jingu, on peut faire le calcul : en 2016, Kyoto fêtait son 1221e anniversaire. Au cours de cette longue histoire, la ville a vu passer de nombreuses ères. Elle a été maintes fois incendiée, reconstruite, pillée, pratiquement abandonnée, puis reprise en main par les shoguns qui l’enrichirent de plusieurs beautés, devenues aujourd’hui patrimoines mondiaux de l’humanité. Même si elle perdit officiellement son statut de capitale en 1868, Kyoto reste le symbole de la culture japonaise et c’est ce qui fit hésiter les États-Unis lorsque leurs avions meurtriers armés de bombes nucléaires survolèrent le Japon en quête d’un lieu à frapper. Cet article explorera brièvement l’organisation actuelle de cette cité de 1,5 million d’habitants, 9e ville d’importance du Japon, et la façon dont les Kyotoïtes l’habite aujourd’hui.

Située au cœur du Kansai, appellation qui désigne le sud-ouest japonais, Kyoto est à 500 kilomètres de la capitale, Tokyo. Ce qui signifie une nuit d’autobus ou deux heures quinze de shinkansen, le TGV japonais, sur la route millénaire du Tōkaidō, le « chemin de la mer de l’est ». Blottie au cœur d’une vallée, la ville est un « château-fort de montagnes » selon les mots de son fondateur, l’empereur Kammu, c’est-à-dire qu’elle est bien protégée par les des monts au nord, à l’est et à l’ouest. Appuyés sur ces contreforts, on trouve les plus beaux des 2 000 temples de la cité. Deux rivières majeures traversent Kyoto : la Katsura-gawa à l’ouest et la Kamogawa à l’est. Elles se fondent en une seule un peu plus au sud, devenant la Uji-gawa, du nom de la cité où elles convergent.

Heian-kyô, comme on l’appela à l’origine, fut construite à partir d’un plan respectant un découpage carré des rues, des marchés, des temples et d’un palais impérial situé au centre nord de la ville, comme cela se faisait dans les villes chinoises de l’époque. La ville s’étendit rapidement au-delà des portes, d’abord vers l’est, puis vers l’ouest. Lors du dernier shogunat (1603-1867), gouvernement militaire, le shogun Ieyasu Tokugawa fit construire le château de Nijō. L’emplacement du château en dit beaucoup sur le pouvoir prédominant exercé par le shogun pendant cette période. En effet, alors que le palais impérial se contente du nord, le château de Nijō est situé en plein centre de la ville. Cette démonstration de pouvoir dans le découpage même de la cité n’est pas que symbolique : lors de la restauration Meiji en 1868, c’est au château de Nijō que le shogun rendit le pouvoir à l’empereur, et c’est à partir de cet endroit central que le souverain tint les premières assises de son gouvernement.

Les grandes artères de Kyoto
© Valérie Harvey / Larges trottoirs, deux voies pour les voitures et les autobus, les artères principales sont faciles d’accès, 2016

La ville est découpée par de larges artères routières, descendantes des « ōji », ces grandes rues qui faisaient entre 24 et 84 mètres de largeur. Identifiées par des noms de rues lisibles en japonais et en caractères romains pour les touristes, ces « dōri » sont bordées de trottoirs, d’arrêts d’autobus et de feux de circulation pour les voitures et les piétons. Ce peut sembler évident d’en faire la description ainsi, mais, comme nous le verrons plus loin, ces larges artères ne sont pas représentatives de ce que l’on trouve dans le reste de la cité. D’où l’importance d’en brosser le portrait. C’est principalement sur ces artères que l’on trouve les bâtiments administratifs comme la mairie, les hôpitaux, les universités et les « mansions ». Le mot japonais n’a pas gardé le sens du mot anglais d’où il tire son origine. Les « mansions » ne sont pas des « manoirs », mais plutôt l’équivalent des condos au Québec, c’est-à-dire de petits buildings contenant plusieurs appartements de bonne qualité et qui sont vendus. Les immeubles abritant des « mansions » à Kyoto ne sont pas très hauts, contrairement à ce qu’on peut trouver dans les autres villes du pays. Tokyo, Osaka ou Sapporo par exemple n’hésitent pas à construire des gratte-ciels multipliant les étages hébergeant de multiples entreprises et « mansions ». La municipalité de Kyoto a légiféré pour éviter que le paysage urbain soit envahi par les tours, limitant dès 1973 la hauteur maximale des constructions sur les grandes artères à 45 mètres, puis diminuant encore cette limite en 2003 à 31 mètres.

Les grandes artères sont les seules à posséder un nom et à l’indiquer clairement. Dès que l’on s’engage dans l’une des nombreuses petites rues qui les bordent, on tombe dans un autre monde et on entre alors dans le véritable Kyoto : un labyrinthe de rues très étroites qui se tortillent dans tous les sens. La ville est divisée en arrondissements (-ku), puis en quartiers (-cho), pour finalement être fractionnée en quadrilatères. Pour donner un aperçu de la complexité de l’enchevêtrement des rues de Kyoto, il faut savoir que le facteur distribuant le courrier six jours par semaine connaît tous les noms des propriétaires du quartier. Cela est nécessaire s’il veut être en mesure de délivrer les paquets dans les temps, l’une des fiertés du pays. De même, un restaurant qui livre à domicile peut garantir un service en 30 minutes. Parions que si vous habitez un quartier moins fréquenté, la moto du livreur de pizza arrivera en 35 minutes, le temps qu’il trouve où se situe exactement votre résidence. Il communiquera son échec à la compagnie et, 20 minutes plus tard, un second livreur vous amènera une pizza gratuite ! On ne badine pas avec les engagements au Japon…

© Valérie Harvey / Le tableau du quartier énumère les noms des propriétaires des maisons avoisinantes, 2016

Pour simplifier la vie du facteur, du livreur et des visiteurs, les quadrilatères installent parfois des tableaux où les terrains sont indiqués avec le nom de la famille de l’occupant. Kyoto n’offre donc pas le même anonymat au résident que les villes occidentales. Car si vous habitez un lieu, votre nom est inscrit sur ce tableau du quartier, mais également sur une affichette à l’entrée de votre maison. Lorsqu’un Japonais invite quelqu’un chez lui, il ne communiquera pas son adresse. Il optera plutôt pour un lieu facile à trouver : la gare ou le temple le plus près. Une heure sera convenue (et des numéros de cellulaire échangés au cas où le rendez-vous serait retardé) et c’est là qu’il rejoindra son invité pour le ramener à la maison. Le chemin est trop difficile à décrire, même pour les Kyotoïtes.

Les rues résidentielles de Kyoto peuvent faire entre 3 et 4 mètres de largeur, ce qui rend le déplacement des voitures dans ces dernières assez difficiles. Elles ne portent aucun nom et ne suivent pas un plan carré, pouvant contourner une rivière ou un temple, ou simplement être coupée par le passage d’une ligne de train. On y trouve des « mansions », mais surtout des maisons de deux ou trois étages, construites pour tenir debout environ 25 ans. Lorsqu’une famille déménage sur un terrain, la maison précédente sera souvent démolie pour être reconstruite à neuf. Il y a un peu de superstition dans cette pratique et beaucoup de prudence : les matériaux n’étant pas faits pour durer, on préfère reconstruire pour s’assurer de la solidité du bâtiment, particulièrement dans un pays où les tremblements de terre sont fréquents.

© Valérie Harvey / Une rue résidentielle typique de Kyoto, 2016

Un des problèmes importants des rues résidentielles de Kyoto, outre de s’y retrouver, est la cohabitation entre les piétons, les cyclistes, les motocyclistes, les voitures et les petites camionnettes de type livraison (comme celles qui passent recueillir les ordures et les sacs de récupération). Au contraire des grandes artères et de ses larges trottoirs, l’espace de ces rues étroites n’est pas assez large pour installer un trottoir. Les enfants y circulent donc en collant la gauche (la circulation s’effectuant comme au Royaume-Uni, et non pas comme au Canada). Pour prévenir les accidents, on place des affiches un peu partout indiquant « Réduisez votre vitesse, il y a des enfants ! » ou encore on pose le dessin d’un petit enfant pour rappeler aux chauffeurs d’être prudents. En fait, en passant des trottoirs des grandes artères à l’étroitesse des rues résidentielles, le piéton doit être vigilant.

© Valérie Harvey, 2016
En passant des trottoirs des grandes artères à l’étroitesse des rues résidentielles, le piéton doit être vigilant.

Si les Kyotoïtes se faisaient auparavant une fierté d’avoir un jardin ou un arbre à l’entrée de leur maison, de plus en plus d’entre eux préfèrent désormais laisser place au stationnement. En fait, le problème est lié à l’étroitesse des rues et l’absence de stationnement. À Kyoto, pour obtenir l’autorisation d’acheter une voiture, il est nécessaire de prouver qu’un lieu sera disponible pour la stationner. Deux possibilités sont alors offertes au nouveau propriétaire du véhicule : un parking collectif qui peut coûter jusqu’à 1000 $ par mois ou alors un stationnement privé sur le terrain de sa résidence.

© Valérie Harvey / Le jardin privé a fait place au stationnement, 2016

Les « mansions » offrent généralement un stationnement souterrain à leurs propriétaires. Mais pour les maisons, les terrains n’étant pas très grands, prévoir un emplacement pour y mettre une voiture réduit d’autant plus l’espace disponible pour la résidence. L’utilisation de la voiture est également complexe puisque plusieurs magasins et restaurants n’offrent aucun stationnement (et il est interdit de s’arrêter sur la rue).

© Valérie Harvey / Où que vous alliez dans la ville, il faudra arriver à trouver un stationnement, 2016

Ce qui explique sans doute que les Kyotoïtes sont peu nombreux à conduire et que les transports en commun sont bien développés. En plus du réseau d’autobus qui parcourt les grandes artères, la ville est traversée du nord au sud et de l’est à l’ouest par un métro. S’y ajoute un tramway (le Keifuku) et cinq lignes de trains (JR, Hankyu, Kintetsu, Keihan et Eizan). Au contraire de Tokyo et Osaka, les bicyclettes sont admises sur les trottoirs, devenant donc un des moyens privilégiés de déplacement dans cette ville bâtie sur un plateau dans le creux des montagnes et présentant peu de pentes.  

L’intimité à Kyoto
© Valérie Harvey / Fenêtres givrées et rideaux au troisième étage, l’intimité est préservée, 2016

Comme nous l’avons expliqué précédemment, il est difficile de rester anonyme dans une ville qui affiche le nom du propriétaire sur un tableau à l’entrée du quartier. Le rapport à l’intimité est également bien différent que celui à lequel nous sommes habitués au Québec. En effet, les critères d’un futur acheteur québécois dans le choix d’une maison ou d’un appartement sont en partie liés à l’intimité. Au Québec les vendeurs vantent l’insonorisation de la construction et la grande luminosité grâce à la fenestration, faisant de ces caractéristiques des marques de la qualité d’un logis; à Kyoto, on n’en fait même pas mention. Il faut peut-être explorer les habitudes québécoises à travers le regard d’un Québécois d’adoption pour comprendre à quel point notre rapport avec l’extérieur est primordial : « Il m’arrivait, au tout début de mon séjour, de m’asseoir sur un banc public pour regarder les gens passer d’une pièce à une autre dans leur maison. Ce n’était pas du voyeurisme. J’étais si étonné d’une telle transparence […] Moi qui venais d’un pays où ce qui se passe à l’intérieur ne doit jamais se retrouver à l’extérieur, j’étais ahuri. »

© Valérie Harvey / Alors que les cordes à linge, au Québec, disparaissent des appartements et maisons, les balcons japonais en disent beaucoup sur leurs propriétaires : on peut savoir si la personne est en couple, le nombre d’enfants et leur âge, déduire le revenu de la famille en voyant passer quelques vêtements griffés. Finalement, le passage quotidien ou bihebdomadaire des vêtements à l’extérieur nous apprend également comment est tenue la maison. Et cela est discrètement remarqué par les habitants des quartiers résidentiels, 2016

Ce paradoxe entre le regard et le son n’est pas le seul. Si les yeux ne peuvent entrer dans les résidences, ils peuvent toutefois tirer des conclusions selon ce qui est accroché au balcon. Les sécheuses sont très rares à Kyoto et les vêtements sont mis à sécher sur des pôles à l’extérieur. Souvent les futons sont également étendus avec de grosses pinces pour les aérer. À l’instar de ce que décrit Dany Laferrière, le Kyotoïte en visite au Québec aurait lui aussi tout une surprise puisque son rapport avec l’extérieur est tout autre : les fenêtres sont givrées et l’insonorisation est absente. C’est donc dire qu’il est impossible de voir l’extérieur à moins d’ouvrir la fenêtre. Si ce n’est pas une vitre givrée, ce sera de lourds rideaux ou des volets qui permettront aux habitants de fermer leur espace aux regards extérieurs. À Kyoto, il n’y aucun moyen de voir l’intérieur, ce qui donne une impression d’intimité étonnante. Paradoxalement, il n’y aucune barrière pour le son qui passe remarquablement bien à travers les murs peu isolés des maisons. Si le regard est privé, le discours est public. D’où l’habitude de parler sans élever la voix, ce que les mères apprennent très tôt aux enfants à faire. Cette façon de parler s’observe ensuite partout dans les transports en commun ou dans les files d’attente : les Japonais communiquent à voix basse. S’exprimer à voix haute est un manque de respect dans la culture japonaise. Et cela s’apprend très tôt, à la maison.

À Kyoto, l’anonymat est impossible, alors que l’intimité est vécue bien différemment. Cette proximité est nécessaire : les réseaux de nettoyage du quartier viennent vite solliciter le nouveau propriétaire qui doit s’impliquer dans la vie communautaire de son coin. S’il est impossible de le faire, on fournira quelques yens à une personne disponible qui donnera davantage de temps à la communauté pour combler cette absence. Ainsi aucun membre de la communauté n’est pénalisé par l’absence d’un habitant du quartier.

La pauvreté à Kyoto
© Alamy Stock Photo, Sous les ponts de la Kamogawa, les sans-abris installent des bâches de plastique bleu.

Les rues de Kyoto ne sont pas exemptes de pauvreté. C’est étonnamment sous les ponts qui traversent la rivière Kamogawa que l’on trouve les abris construits avec des toiles de plastique et des boites de cartons. Lieu hautement touristique pendant la floraison des cerisiers, les ponts des rues Shijō-dōri et Sanjō-dōri protègent les sans-abris. Ces derniers, n’ayant pas l’autorisation de mendier, trouvent d’autres moyens pour ramasser quelques sous. Ayant compris bien avant Facebook et Instagram l’amour des passants pour les jolis minois des chatons, ils installent les chats apprivoisés dans des paniers et invitent les amoureux des félins à laisser quelques sous contre caresses.

© Valérie Harvey / Les chats attendent les cœurs tendres prêts à partager caresses contre rétribution, 2016

Sans être sans-abri, la population qui ne peut s’offrir une maison ou une « mansion » devra louer un appartement ou une chambre. Le loyer est très coûteux dans la vieille capitale : un appartement d’une pièce avec cuisinette et salle de bain minuscule (75 mètres carrés) oscille entre 800 et 1 000 dollars canadiens par mois, sans le gaz, ni eau ni l’électricité. De plus, il faut payer une caution (shikikin) à la signature du bail qui équivaut à deux mois de loyer. Cette caution, qui devrait être rendue lorsque le locataire quitte l’appartement, n’est dans les faits pas souvent retournée. De plus, la tradition oblige également le nouveau locataire à payer un reikin, c’est-à-dire un cadeau au propriétaire pour le remercier de l’accueillir dans son habitation. Ce reikin vaut lui aussi un mois de loyer, parfois deux dans certains lieux plus prisés. Plusieurs optent donc pour une chambre sans salle de bain (il faudra fréquenter les bains publics), avec cuisinette partagée. Ou encore ils louent un appartement en banlieue de Kyoto, le quartier de Yamashina, de l’autre côté des montagnes de l’est, ou encore la ville voisine de Kameoka, passée les montagnes de l’ouest, qui offrent de meilleurs prix. Mais il faudra alors prendre le train plus longtemps pour se rendre travailler ou étudier. Et comme le coût du transport en commun se calcule à la distance parcourue, l’avantage de l’éloignement est vite perdu. C’est un casse-tête pour les jeunes qui vivent longtemps chez leurs parents, incapables de se payer un logis. Ils sont parfois surnommés les célibataires parasites au Japon, car on leur reproche leur célibat qui contribue ainsi à augmenter la dénatalité japonaise. Mais la situation est évidemment plus nuancée. En 2008, un sondage évaluait que 58 % des femmes non mariées vivaient toujours avec leurs parents, et 44 % des plus âgées (44-49 ans) se trouvaient dans cette situation. Une recherche menée par le National Institute of Population and Social Security Research en 2001 soulignait que les célibataires parasites n’avaient tout simplement pas les moyens de s’établir dans une résidence partagée.

La modernité de Kyoto

Deux exceptions majeures se font face dans le sud de la ville : la tour de Kyoto et Kyoto-eki, la gare centrale. Construite pour les Jeux Olympiques de 1964, ayant la forme d’une chandelle, la tour de Kyoto fait 131 mètres. Elle est discernable d’à peu près partout dans la ville : on peut la voir des montagnes d’Arashiyama (à l’ouest), du temple Kiyomizu-dera (à l’est) ou du sanctuaire Kenkun-jinja, au nord de la ville. Visible dès que la sortie de la gare principale, elle est à la fois décriée et admirée. D’une conception très moderne, résistante aux tremblements de terre et à des vents très forts, la tour de Kyoto est là pour rester.

La nouvelle gare centrale Kyoto-eki, quant à elle, fut construite pour commémorer le 1 200e anniversaire de la ville. Très large, elle accueille de nombreuses lignes de trains. C’est le point de départ et d’arrivée d’à peu près tous les voyageurs. Ses 15 étages abritent plusieurs centres commerciaux, une chapelle extérieure pour les mariages, des places publiques pour les concerts et des restaurants. L’architecte Hiroshi Hara cherchait à marquer le modernisme de la ville et sa gare est un hommage au futurisme avec ses multiples agencements de verres montés sur des courbes d’acier.

© Alamy Stock Photo, Kyoto City

Ces deux structures hors-norme de la vieille capitale semblent aller à l’encontre de l’image traditionnelle que l’on se fait de Kyoto. Pour le touriste occidental, débarquer du shinkansen dans la gare ultramoderne de Kyoto et sortir pour apercevoir cette haute chandelle blanche est presque choquant. Dans les pays occidentaux, il est en effet courant d’opposer la tradition à la modernité. Au Québec tout particulièrement, étant donné le revers qu’ont essuyé les traditions catholiques à la Révolution tranquille, il n’est pas aisé de sortir de cette dualité qui oppose les époques : ce qui a été rejeté contre ce qui se fait présentement. Le Japon toutefois n’a pas vécu une telle cassure entre deux époques. La dernière révolution, celle de l’empereur Meiji en 1868, visait justement à rétablir la tradition en redonnant le pouvoir à la famille impériale ! C’est donc une tout autre dynamique qui anime les architectes japonais lorsque vient le moment de commémorer une date-clé. Évidemment, la gare et la tour de Kyoto ne font pas l’unanimité, même parmi les Japonais, mais elles ne sont pas aussi subversives qu’on se l’imagine.

Ce mariage entre tradition et modernité est à l’image de ces Japonaises en kimono qui consultent leur cellulaire ou de ces moines qui mangent les plats traditionnels bouddhistes sur des planchers de tatamis rafraîchis grâce à l’air climatisé. Si les temples et sanctuaires font partie du quotidien de la cité, s’intégrant aux rues pleines de voitures et à la vie des habitants en proposant des garderies ou des marchés aux puces, pourquoi la modernité n’aurait pas elle aussi sa place ?


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