Disparition de la mémoire collective du Québec

Dès que le clocher d’une église disparaît du paysage urbain ou rural, c’est aussi la disparition d’une portion de ce qui a fondé le Québec qui s’évanouit. Il fut une époque, comme le souligne le sociologue Fernand Harvey, où la paroisse était au centre même de la communauté ; la flèche de l’église signalait aux paroissiens, qu’à cet endroit, il pourrait recevoir des services de différentes natures, spirituels ou matériels.

Si les églises disparaissent, qu’en est-il des autres référents qui renvoient au passé catholique du Québec. À ce titre, la photo ci-dessous est intéressante à plus d’un égard. La statue que l’on voit ici représentée, et intitulée « Sacré-Cœur de Jésus, protégez Charlesbourg », est située dans le parc Sacré-Cœur adjacent à l’église St-Charles-Borromée de l’arrondissement Charlesbourg de la ville de Québec.

Ce monument, inauguré au moment de l’ouverture du parc de Sacré-Cœur en 1919, est l’œuvre du sculpteur québécois Alfred Laliberté. La statue de marbre blanc sur un piédestal de granit enjolivé d’une fontaine représente le Sacré-Cœur. La fontaine est l’œuvre de Georges-E. Tremblay

Les archives nous apprennent que cette statue fut érigée sur l’ancien site de la première église (1695), dont on peut encore voir les fondations. Le premier cimetière de la paroisse se trouvait sur ce site, à côté de l’église qui servit de lieu de culte jusqu’aux années 1830, où se situe aujourd’hui, depuis ce temps, l’église qui l’a remplacée. Ce terrain, transformé en parc vers la fin du XIXe siècle, après l’ouverture d’un nouveau cimetière à l’ouest du Trait-Carré de Charlesbourg, constitue une partie de notre mémoire collective. Et c’est là où ce parc devient intéressant sur le plan visuel, car il se constitue comme repère visuel du catholicisme et du passé religieux du Québec, c’est-à-dire qu’il est constitué d’un ensemble de caractéristiques visuelles qui le différencie de tous les autres repères visuels présents dans l’environnement immédiat. Par exemple, les caractéristiques morphologiques de la statue la rendent visible, elle se distingue, parce qu’il est impossible de la confondre avec quoi que ce soit d’autre, elle est pertinente pour ceux qui savent lire ce qu’elle représente, et elle est disponible comme témoin de l’histoire, car elle possède une certaine stabilité dans son environnement.

Il n’est pas possible de comprendre, encore moins d’évaluer, l’importance contemporaine de l’Église catholique au Canada français, sans évoquer le passé. La société canadienne-française a été, depuis les débuts même de son établissement, à tel point circonscrite, contenue et dominée tout entière par le clergé et les chefs ecclésiastiques, que son histoire se confond en tout point avec celle de l’Église canadienne.

© Pierre Fraser, sociologue, 2021

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