Consommer façon terroir

La consommation responsable, pour une certaine portion de la population qui a les moyens de se le permettre, s’inscrit à l’intérieur de quatre grandes mouvances : (i) l’écologisme, avec l’idée de développement durable, d’alimentation bio et de commerce de proximité ; (ii) l’authenticité, avec l’idée de produits du terroir et équitables ; (iii) le mode de vie sain, avec l’idée qu’une saine alimentation serait garante d’une espérance de santé jusqu’à un âge avancé, tant sur le plan physique qu’intellectuel ; (iv) le travail équitable, c’est-à-dire le juste prix payé pour le travail effectué par un petit producteur ou commerçant.

Ces quatre mouvances forment un discours politique incitant le citoyen à faire des choix plus éthiques en matière de consommation. Il dessine les contours de ce type d’espace alimentaire, en précise et définit le sens. Issu des idéaux de la mouvance hippie américaine des années 1960, du retour à la terre et de la production alimentaire non industrialisée, ce discours suggère qu’une consommation responsable dispose de tout le potentiel requis pour obliger le puissant et omniprésent complexe agroalimentaire à changer ses pratiques et méthodes, et faire en sorte qu’il devienne plus éthique et responsable vis-à-vis de l’environnement. Ce n’est ni banal ni trivial, car ce type d’espace alimentaire définit des pratiques de commensalité spécifiques.

Comme le souligne le sociologue Claude Fischler, « l’alimentation comporte presque toujours un enjeu moral. Le choix des aliments et le comportement du mangeur sont inévitablement soumis à des normes religieuses, médicales, sociales, et donc sanctionnées par des jugements. […] Le statut moral de certains aliments, leurs significations et leurs connotations subissent de plein fouet l’effet de ces évolutions1. »

Par exemple, dans la photographie ci-dessous, prise au Mallard Cottage de St-Jean (Terre-Neuve), la structure même du présentoir, les matériaux utilisés et les produits offerts à la vente renvoient directement à la notion de terroir avec son côté rustique. Ce présentoir constitue par lui-même un discours de la quête d’authenticité, comme si la rusticité était garant d’une vérité profonde, sensible et naturelle, intime et intense, comme s’il était possible de traduire la vacuité du discours de l’authenticité par de vieilles planches de bois juxtaposées les unes aux autres.

De là, un engouement d’une bonne partie de la population pour l’attribut symbolique que le caractère rustique et authentique ajoute à certains produits du terroir qui interpelle une nouvelle forme d’authenticité liée aux produits, à leur provenance et à leur contexte de production.

© Texte : Pierre Fraser (PhD, sociologue), 2017-2021
© Photo : Isabelle Fraser, 2017.

Références

1. Fischler, C. (2001), L’homnivore, Paris : Éditions Odile Jacob, p. 275.

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